L’EN-MER DU DÉCOR :

LUTTER CONTRE LA POLLUTION PLASTIQUE À BORD DU « GIVEN TIME »

Robyn Dawson |

16th août 2018

« Si en ouvrant vos rideaux le matin, vous découvriez que l’herbe était brûlée, que quelqu’un avait déposé un tas d’ordures dans votre jardin et que les animaux étaient en train de les manger, vous seriez horrifié. c’est ce qui est en train de se passer dans les océans. »

Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre quelqu’un qui essaie activement de changer les choses pour lutter contre la pollution qui touche nos voies navigables. Alors que le problème de la pollution plastique dans nos mers et nos océans est enfin devenu un thème prioritaire au niveau mondial, on pourrait penser que les choses sont sur le point de bouger. Mais face à un problème de cette ampleur, où commencer ?

Le message de l’ONU lors de la Journée mondiale de l’environnement, il y a quelque mois de cela, était simple : « Luttez contre la pollution plastique… rejetez les plastiques à usage unique. Rejetez ce que vous ne pouvez pas réutiliser. »

Ces déclarations sont curieusement encourageantes. Mais à moins de commencer à prendre des mesures, le futur de nos océans paraît plutôt sombre.

Préserver la santé de nos voies navigables est depuis longtemps un élément essentiel de notre philosophie, chez Red Paddle Co. C’est pourquoi nous cherchons toujours à nous intéresser aux dernières initiatives internationales et aux derniers mouvements de recherche permettant activement de créer un changement positif pour l’avenir de nos mers. Donc, quand les ingénieurs scientifiques Sarah et Conor La Grue nous ont contacté pour nous parler de leur opération écologique en milieu marin, qui durera sept ans, nous étions tout ouïe !

Leur opération unique en son genre verra la communauté mondiale de la voile travailler main dans la main avec la communauté scientifique mondiale pour dresser un tableau détaillé et d’une ampleur sans précédent de la véritable santé de nos océans.


Nous avons rencontré Sarah et Conor à bord de leur voilier de catégorie A (haute mer) de 12 m construit sur mesure pour leur poser quelques questions brûlantes à propos de leur opération révolutionnaire…

“Nous sommes en train de créer un réseau mondial de ressources pour la recherche sur les expéditions maritimes. Exploration par la collaboration – pas de la science de masse, mais de la science de la flotte!”

on a beaucoup parlé des plastiques à usage unique et de la pollution des océans dans les médias. quand avez-vous découvert ou entendu parler de ce problème pour la première fois ?

Sarah: C’est dans le cadre d’un précédent projet sur lequel nous avons travaillé que nous avons été présentés au Pr Geoff Scamans (qui est désormais l’un de nos conseillers scientifiques). Il nous a expliqué (à l’époque) que près de la moitié des boîtes de conserve que nous envoyons au recyclage chaque année pourraient terminer dans une décharge parce que le Royaume-Uni n’a simplement pas les moyens de les traiter. Il nous a également fait part d’un constat alarmant : nous pourrions économiser jusqu’à 9 % de la consommation mondiale en énergie électrique si nous utilisions de l’aluminium recyclé (au lieu de faire fondre de l’aluminium brut) ! Cela nous a tous les deux profondément attristé.

Lire la vidéo

«Nous avons constaté que la pollution par les plastiques n’affectait pas seulement nos océans, mais aussi la pollution par les hormones, la pollution sonore …»

QU’EST-CE QUI FUT À L’ORIGINE D’UN PROJET AUSSI AMBITIEUX ?

Sarah: Cela faisait de nombreuses années que nous rêvions tous les deux de faire un voyage autour du monde et, étant donné que nous avons tous les deux de l’expérience dans les domaines de l’ingénierie et de l’action éducative/de la sensibilisation aux sciences, nous voulions vraiment que notre voyage soit bien plus qu’une promenade autour de la planète ! C’est à l’époque où nous nous préparions pour notre voyage (en mettant notre maison en vente et en achetant un nouveau bateau qui nous servirait de foyer) que la pollution plastique de nos océans a commencé à s’inviter dans le débat général. En creusant un peu plus le sujet, nous avons découvert que la pollution plastique n’est pas la seule à porter atteinte aux océans : il y a aussi les perturbateurs endocriniens, les nuisances sonores et ainsi de suite…

Nous voulions venir en aide aux océans qui étaient sur le point de devenir notre foyer… Mais nous n’étions pas les seuls. Il y a des centaines de navigateurs en solitaire, de couples et de familles à travers le monde qui se sentent aussi chez eux sur les océans. Nous étions certains qu’ils voudraient eux aussi protéger les océans.

C’est à ce moment-là que l’idée nous est venue. Et si nous pouvions lancer un mouvement qui permettrait de relier la communauté scientifique à la communauté nautique mondiale ? Un mouvement qui permettrait aux scientifiques de demander aux navires de collecter des données essentielles sur le milieu marin au cours de leurs voyages et de leur fournir des données qu’ils n’auraient jamais eu l’occasion de collecter. C’est comme ça que Given Time est né.

engineers stand on research boat
Red Paddle Co board on deck

vous possédez un impressionnant bateau à voile construit sur mesure qui mènera le projet de recherche. pourriez-vous nous donner quelques informations supplémentaires sur le modèle de collecte participative des données que vous avez créé ?

Notre bateau à voile, le « GIVEN TIME », est le principal navire au sein d’un projet de recherche concertée sur l’écosystème marin qui verra la communauté des navigateurs travailler main dans la main avec la communauté scientifique mondiale.

Nous sommes en train de créer un réseau mondial de ressources pour la recherche dans le domaine des expéditions maritimes, nommé « Explorer en collaborant ». C’est plus que de la science participative, c’est une « flotte scientifique » !

Nous espérons qu’en demandant à la communauté de navigateurs de rejoindre notre « flotte de scientifiques » et de collecter des données lors de leurs voyages, nous pourrons dresser un tableau de nos océans dans des proportions jamais vues auparavant. De nombreux navigateurs ont tendance à visiter les mêmes régions tous les ans, ce qui permettra de développer une vision à long terme de ce qui est en train de se passer dans nos océans. Cela pourrait même aider à prévoir des choses telles que la décoloration des coraux.

Nos scientifiques et nos chercheurs pourront contacter directement la « flotte de scientifiques » partout dans le monde et demander qu’un ensemble spécifique de données soit collecté à l’échelle mondiale ou dans une zone particulière. Cela pourra également leur permettre d’utiliser des subventions de recherche afin d’avoir un impact plus important.

les fabricants doivent être obligés par la loi ou convaincus par l’opinion publique de produire des emballages faciles et rapides à recycler, plutôt que des emballages plus rentables mais impossibles à recycler. cette lutte sera longue et laborieuse mais nous y sommes préparés !

two paddle board on research yacht

CE PROJET DEMANDE ÉVIDEMMENT ÉNORMÉMENT DE PRÉPARATION ET D’ORGANISATION. QUELLE EST LA DATE DE DÉPART PRÉVUE ET COMBIEN DE TEMPS COMPTEZ-VOUS PARTIR ?

Sarah: Nous étions censés partir cet été en direction du sud, prêts à traverser l’Atlantique à Noël (décembre 2018). Cependant, en raison de la manière dont évolue le projet, nous avons pensé qu’il serait préférable de différer notre départ d’un an. Même si nous aimerions être en train de naviguer et d’explorer, nous voulons être sûrs de pouvoir soutenir le mieux possible le projet et ceux qui se sont inscrits pour rejoindre la « flotte de scientifiques » dans les premiers temps. Et le meilleur moyen pour nous de faire cela est de rester encore un moment à quai dans un port de plaisance au Royaume-Uni. 

QUEL SERA VOTRE ITINÉRAIRE ?

Conor: Au bout du compte, nous allons laisser la communauté scientifique nous guider mais, pour le moment, notre plan de base est le suivant :

  • Du Royaume-Uni aux Canaries, puis jusqu’au Cap-Vert.
  • Du Cap-Vert, traversée de l’Atlantique jusqu’aux Caraïbes.
  • Des Caraïbes vers le sud en direction du Panama.
  • Traversée du canal de Panama.
  • Remontée de la côte ouest de l’Amérique centrale jusqu’au golfe de Californie.
  • Retour au Panama pour commencer la traversée du Pacifique.
  • Du Panama aux îles Marquises.
  • Traversée du Pacifique Sud en passant par la Polynésie française, les îles Pitcairn, etc.
  • Du Pacifique Sud à la Nouvelle-Zélande.
  • De la Nouvelle-Zélande à l’Australie.
  • De l’Australie jusqu’à l’Asie du Sud-Est.
  • Environ deux ans de navigation entre les Philippines, la Malaisie, la Thaïlande, etc.
  • Vers le sud en direction des îles Cocos.
  • Des îles Cocos jusqu’à l’archipel des Chagos.
  • Des îles Chagos à Madagascar.
  • De Madagascar à l’Afrique du Sud.
  • De l’Afrique du Sud au territoire britannique d’outre-mer de Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha.
  • Vers l’ouest en direction du Brésil, puis remontée vers les Caraïbes…


Après ça, qui sait où nous mènera la mission. Sarah aimerait remonter la côte est des États-Unis, uniquement pour pouvoir jeter l’ancre près de la statue de la Liberté !

«Nous voulions des planches à pagaie à bord pour accéder aux eaux extrêmement peu profondes et aux estuaires (qui font partie des environnements marins les plus vulnérables mais les moins explorés)»

vous avez désormais quelques-unes de nos planches de stand-up paddle gonflables à bord du bateau. pourquoi avoir choisi red paddle co au départ et qu’allez vous faire avec les planches au cours de votre expédition ?

Sarah: Nous voulions des stand up paddles qui pourraient durer des années et qui se rangent facilement quand on ne les utilise pas. C’était donc une évidence de contacter Red Paddle, car leurs planches de SUP possèdent tout simplement le meilleur design, la meilleure qualité de fabrication et la meilleure longévité du marché. Cela nous a réjoui d’apprendre que vous étiez très intéressés par ce que nous faisions et que vous souhaitiez soutenir le projet.

Nous savions que nous voulions des planches de stand-up paddle à bord pour pouvoir accéder à des lieux peu profonds de la manière la moins invasive possible. Les planches nous permettront, à nous comme aux scientifiques invités, d’accéder aux eaux et aux estuaires très peu profonds, qui comptent parmi les plus vulnérables mais les moins explorés des milieux marins.

Elles nous permettent également de faire cela dans un silence presque total, nous permettant ainsi d’enregistrer des ensembles uniques de données qui ne seraient pas accessibles autrement.

qu’avez-vous pensé des planches jusqu’à présent ?

Sarah: Elles sont tout simplement géniales ! Elles sont faciles et rapides à monter (nous avons récemment dû nous préparer et nous mettre précipitamment à l’eau quand Conor a dû faire atterrir notre drone en urgence sur une plage déserte, mais c’est une autre histoire !), super rigides, légères et super solides. Même dans des conditions difficiles, nous ne nous sommes pas laissé abattre et nous nous améliorons à chaque fois que nous les utilisons.

Elles sont tout simplement fantastiques !

qu’est-ce que vous espérez ‏réaliser en faisant cela ?

Conor: Nos objectifs principaux sont l’éducation et la sensibilisation. L’océan et sa santé semblent être des préoccupations lointaines mais le Dr Steve Simpson et l’équipe qui a réalisé le documentaire « Blue Planet II » pour la BBC ont placé ces problèmes au premier plan. Nous avons tellement de chance d’avoir le Dr Steve comme conseiller scientifique principal. Grâce à son aide, nous pouvons essayer d’informer et d’éduquer le public et les générations futures pour provoquer des modifications des lois et également prouver l’efficacité de ces dernières. La flotte collectera également des ensembles uniques et précieux de données ne pouvant pas être collectées autrement. Une ressource libre d’accès pour la communauté scientifique ne peut qu’accélérer la recherche qui appuiera et soutiendra la cadence du changement du comportement humain.

Dr Steve Simpson on BBC

que pensez-vous de la catastrophe actuelle qu’est la pollution des océans par le plastique ? pouvons-nous y remédier ?

Sarah: La citation (en début de page) est la manière dont nous essayons désormais de décrire aux gens les problèmes rencontrés par nos océans. Cela fait maintenant longtemps que l’océan est un lieu éloigné de nos pensées. Nous devons commencer à le considérer comme un prolongement de nos terres car il est plus près qu’on ne le pense. En effet, les océans ont un impact majeur sur la santé de tout ce qui compose cette planète, y compris la nôtre !

Certaines pollutions de l’océan pourraient être atténuées relativement rapidement, comme la pollution sonore, par exemple, grâce à des nuages de bulles autour des zones industrielles et à la pose de propulseurs peu bruyants et à faible cavitation sur les navires de loisir et industriels.

En revanche, régler le problème de la pollution plastique prendra beaucoup plus de temps. Probablement des générations. Nous pouvons sans doute œuvrer dès maintenant pour empêcher que davantage de plastique ne se retrouve dans l’océan.

La solution pour éliminer/réparer ce qui a déjà atteint les océans prendra beaucoup de temps et, malheureusement, plus le plastique passe de temps dans l’océan, plus il est susceptible de se décomposer ou de se dégrader en de plus petits morceaux (des micro-plastiques) qui ne disparaîtront jamais.

Nous ne sommes pas certains de connaître la solution. Je suis sûre qu’à un moment donné, on créera quelque chose qui pourra trouver et éliminer ces plastiques au fond de l’océan.

 Mais pour le moment, nous essayons, grâce à ce projet, d’aider à repérer les plastiques dans les océans en demandant aux navigateurs qui rencontrent des masses de plastique dans l’eau de prendre une photo indiquant la date, l’heure et les coordonnées GPS, car cette information permettra de calibrer les satellites orbitaux à la recherche de masses de plastique depuis l’espace.

 Nous demandons également aux navigateurs de collecter les plastiques partout où ils le peuvent et de prendre des photos des zones les plus polluées avec notre appli afin d’enregistrer la date, l’heure et le lieu, pour que nous puissions suivre leur évolution au fur et à mesure que la situation, nous l’espérons, s’améliore.

 Les aspects de sensibilisation et d’éducation du projet soutiendront le lobbying nécessaire pour changer la manière dont nous concevons et fabriquons nos emballages. En définitive, c’est là que se trouve la clé du succès ! Seul un tiers, environ, du plastique que nous recyclons tous est véritablement réutilisé dans de nouveaux produits. De nombreux types d’emballage sont en réalité impossibles à recycler et ils finissent en décharge, ce qui est tout simplement irresponsable.

Les fabricants doivent être obligés par la loi ou convaincus par l’opinion publique de produire des emballages faciles et rapides à recycler, plutôt que des emballages rentables mais impossibles à recycler. Ce sera une lutte longue et laborieuse mais nous y sommes préparés !

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